Voguer en canoë sur le Danube avec Florent et Decko

Florent est un voyageur de longue date. Du haut de ses 25 ans, c’est un globetrotteur aguerrit, qui sillonne les routes depuis 6 ans. Et cette année, il s’est lancé le défi de remonter le Danube en canoë, traversant ainsi l’Europe. Dans cette aventure, il n’était pas tout seul puisque son husky Decko, âgé de trois mois l’a accompagné dans cette traversée. 

 

Jour 66
Incroyable.

Aujourd’hui mercredi 5 septembre 2018 à 16h58 c’est avec fierté que j’arrive au kilomètre 0 de cet incroyable voyage.
Après 2852 kilomètres en canoë, 66 jours de voyage, 57 nuits en tente, 3 en hamac, 2 à la belle étoile et 3 en appartement (à Budapest). Après avoir traversé 10 pays, 4 capitales, de la forêt noire en Allemagne jusqu’à la mer noire en passant par les montagnes Autrichiennes, les bancs de sable Hongrois et Bulgares, les canyons Serbes et les grandes plaines Roumaines j’ai vu une petite rivière, où l’eau coulait à peine, devenir un immense fleuve jusqu’à se jeter dans une mer somptueuse.
Mon voyage ne s’arrête pas là parce que je suis fatigué, exténué ou parce que j’en ai marre mais bel et bien car on ne peut pas aller plus loin, je suis arrivé au bout de ce fleuve immense: le Danube.
À la rame sans moteur sans polluer un seul instant, en respectant au maximum cette nature éblouissante qui m’était offerte chaque jour. Jusqu’à ce petit village Sulina une sorte de bout du monde où le seul moyen d’en sortir est de prendre la route empruntée pour venir.
Durant ce voyage j’ai rencontré énormément de monde dans différents pays, je ne compte plus le nombre de photos, de coucous et de sourires. Les gens, intrigués par mon aventure m’ont aidé, applaudi et encouragé chaque jour, ils m’ont offert à boire, à manger et parfois même un endroit où dormir.
J’ai posté ici quelques photos accompagnées d’un petit texte pour que chacun puisse comprendre et apprécier ma manière de voyager, cela a entraîné beaucoup de messages de soutien de la part d’amis comme d’anonymes qui m’ont encouragé, remonté le moral et aidé à surmonter les moments difficiles. Je vous remercie tous de m’avoir lu et d’avoir pardonné ma plume parfois maladroite.
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Ce voyage m’a permis de retrouver les sensations, je pense, des premiers voyageurs. Descendre la rivière jusqu’au bout du monde à travers tous les obstacles possibles, les frontières et les différentes intempéries, au fil des rencontres et des paysages j’avançais à travers l’Europe sans imaginer qu’il y aurait une fin.

Sulina kilometer 0

Merci et à bientôt pour une nouvelle expédition. 

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Florent Chabrier.

 

Pourquoi avoir décidé de faire ce voyage ?

Je me suis lancé un défi. J’ai rencontré quelqu’un qui a voyagé sur le Danube et je trouvais ça super intéressant de le traverser en canoë. Il y a une vraie conscience écologique derrière et c’est un challenge puisqu’il faut dormir dehors et faire du camping sauvage pendant tout le voyage. Le but, c’était de traverser l’Europe sans utiliser un seul transport qui pollue. Il m’a fallut un mois pour préparer ce voyage pour moi et attendre un mois de plus pour que mon chien puisse se faire vacciner.

Faisais-tu du canoë avant de partir ? T’es-tu préparé physiquement ?

J’en avais déjà fait un peu, mais comme tout le monde en vacances. Je ne me suis pas vraiment préparé physiquement, je n’ai pas fait d’entraînement spécial. Dans la vie je suis quelqu’un d’assez sportif et j’ai une bonne condition physique, mais c’est tout. En fait, les deux premières semaines de canoë ont fait office de préparation, puisque j’allais assez lentement pour que mon corps s’habitue aux courbatures, aux douleurs dans les mains et le dos. Avec du recul, je pense que physiquement tout le monde peut faire ce périple, c’est plutôt mentalement que c’est difficile.

Et ce canoë, tu l’avais acheté ou loué ?

J’ai acheté un canoë à Clermont Ferrand, ville dont je suis originaire. Je l’ai refait et remis à neuf entièrement moi-même. Le départ du Danube se fait à 600km de là, donc mes parents m’y ont emmené en voiture. Mais pour la petite histoire, au bout de deux semaines je l’ai cassé ! Finalemenent, un monsieur en Allemagne m’a donné le sien ! Il a repris le vieux en voyant que je l’avais cassé et m’en a donné un autre. C’était incroyable.

Quel matériel as-tu emmené avec toi dans cet espace restreint ?

Je n’étais pas vraiment limité et terme d’espace puisque j’avais un canoë trois places. J’ai emmené pas mal de choses qui permettent d’avoir un peu de confort ; 30 kilos de matériel au total. J’avais tout ce qu’il faut pour le bivouac ; la tente, le sac de couchage, etc… Du matos pour la pluie, puisque quoi qu’il arrive on est dehors, de l’eau et mes affaires aussi. Et comme j’étais avec mon chien, j’avais aussi des croquettes, un jouet, une laisse et une corde de 30 mètres pour qu’il puisse quand même courir lorsqu’on était dans les villes.

Pourquoi être parti avec ton chien ?

Si j’ai pris un chien, c’est pour qu’il me suive partout. Je suis parti l’an dernier en Arctique avec des chiens de traîneau et je vais passer un diplôme pour devenir guide polaire. J’adore les huskies et en rentrant de ce voyage j’ai rencontré quelqu’un qui fait du chien de traîneau à côté de chez moi et qui a eu une portée. Je voulais un chien donc c’était l’occasion. Du coup, j’ai retardé ce voyage en canoë d’un mois pour pouvoir l’emmener avec moi, le temps de faire les vaccins et toutes les démarches. A partir du moment où j’ai pris Decko, c’était clair dans ma tête que pendant 10 ou 15 ans de ma vie il irait avec moi partout.

 

 

Le voyage sur l’eau s’est-il bien passé pour lui ?

Très bien. Il avait trois mois. Comme c’était un chiot il dormait beaucoup, 10 à 15 heures par jour, et ça m’a beaucoup aidé. Je pense qu’avec un chien adulte, surtout un husky, ça aurait été compliqué pour lui de rester dans un canoë la moitié de la journée. Je lui ai fait une place à l’ombre dans le canoë, qui changeait en fonction de l’heure et sur laquelle je mettais une bâche pour qu’il n’ait pas froid. Le soir, quand je m’arrêtais il était en liberté la plupart du temps et pouvait courir, jouer et se défouler.

Tu t’es donc chargé de son éducation pendant le voyage ?

Oui. Il était 24h/24 avec moi et pour son éducation c’est super ! Je n’avais pas à le laisser seul pendant plus de 8h, comme le font la plupart des gens. Et ça m’a bien aidé parce qu’aujourd’hui je suis comme sa maman. On a croisé quelques personnes en ville et pleins d’animaux, comme des chevaux, des vaches et même des serpents et des renards, mais je reste vraiment son référent

Est-ce facile de voyager en Europe avec son chien ?

Ça a été super facile. Ça m’a même aidé à rencontrer des gens, ils sont beaucoup plus réceptifs lorsqu’ils voient un petit chiot et ils s’approchent plus facilement.

Par ailleurs, je n’ai eu aucun problème à aller dans les restaurants avec Decko par exemple. Même dans les magasins je suis rentré avec lui, sauf pour les supermarchés. En Allemagne d’ailleurs c’est super bien, il y a des crochets à côté des cadis et des vélos pour accrocher son chien. Il y a des caméras et tout est surveillé, c’est super rassurant. Dans les autres pays, je le laissais devant quand je ne pouvais pas l’emmener, il y avait toujours quelqu’un pour vérifier que tout allait bien pour lui.

En Hongrie, tout le monde a un chien. Il y a du coup beaucoup de parcs pour se balader. Et dans les pays plus pauvres, comme la Roumanie ou la Serbie, il y a davantage de chiens errants. Quand on a son chien il faut faire un peu plus attention parce qu’ils peuvent attaquer ; mais moi je n’ai pas eu de problème.

As-tu rencontré des difficultés pendant ce voyage ?

Sur une expédition comme ça, il faut être concentré, ce n’est pas toujours facile mentalement. Il a aussi fallu trouver de la nourriture. J’ai dû parfois traverser des villes entières pour trouver des croquettes à Decko. En Roumanie et en Hongrie il n’y a pas forcément toujours des magasins comme chez nous. Après c’est surtout au niveau de l’administratif. Il faut toujours avoir les documents du chien sur soi, comme les siens d’ailleurs. Je me suis fait contrôler à la frontière en Serbie. Comme le pays ne fait pas partie de l’Union Européenne, je suis passé devant un vétérinaire, on a vérifié sa puce électronique et son carnet de santé. Le vétérinaire fait ensuite un papier pour dire si le chien est en bonne santé et peut entrer sur le territoire. Il faut être au courant des procédures administratives. Ça ne m’a pas coûté d’argent mais c’est obligatoire et si on ne le fait pas, on peut avoir des problèmes.

Decko a-t-il été malade pendant ce voyage ?

Une fois. Il a mangé une patte de poule un peu dégueu sur le bord de la route qui n’est pas passée. Après c’est un chiot, il a tendance à manger tout ce qu’il trouve, même si j’essayais de contrôler ça au maximum. Sinon il n’a eu aucun problème de santé.

 

 

Le retour sur la terre ferme s’est-il bien passé ?

Oui très bien. Decko avait passé plus de la moitié de sa vie sur l’eau et dehors, mais le retour a été facile. Il est encore aujourd’hui quasiment tout le temps avec moi. Lorsque l’on prend un husky il faut de toute façon savoir que c’est un chien sportif et qu’il va falloir qu’il se dépense, qu’il soit dehors et en contact avec la nature.

Quels sont tes projets de voyage avec ton chien ?

Avec lui, j’aimerais bien faire le Maroc par exemple. De toute façon il me suivra tant que c’est possible. Ça dépendra des conditions imposées par les pays pour rentrer, mais je ne veux pas l’emmener dans un pays avec une quarantaine. Pour les autres, c’est en général des vaccins et quelques formalités à faire, il faut des fois s’y prendre à l’avance, mais il y a beaucoup de pays qui acceptent les chiens.

Selon toi, qu’est-ce que ça apporte de voyager avec son animal ?

C’est quand même une compagnie qui est avec moi toute la journée, ça occupe lorsqu’on est seul et qu’on pourrait s’ennuyer. Mais aussi, le moral du chien ne descend jamais et ça aide à garder le cap quand c’est difficile. Le chien aide à s’aérer l’esprit et il faut penser à lui, l’emmener courir, lui faire à manger, etc… Aujourd’hui je n’envisage plus de partir sans lui !

Quels conseils peux-tu donner aux voyageurs qui n’osent pas partir avec leur chien ?

On peut s’orienter vers des réservations sur Airbnb pour emmener leur chien. Je ne trouve pas que ça soit vraiment une contrainte d’avoir son animal en voyage, en France ou même à l’étranger. Si on est toute la journée avec lui, pourquoi ne pas l’amener en vacances ? Pour moi il fait partie de la famille. Ça demande juste un peu d’organisation au niveau des vaccins, des formalités et de la réservation du logement.

Florent repart le 20 novembre en Arctique pour quatre mois. Il partira de France pour rejoindre la Laponie en voiture. Decko sera évidemment de la partie !

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